Prise de pouvoir par Hitler: chronique d’un coup d’Etat financé

⚡️Le 30 janvier 1933, quand Hitler arrive au pouvoir, commence une ère de crimes contre l’humanité plus horribles les uns que les autres. En douze ans, les nazis ont mis sur pied une dictature sanglante, occasionné une guerre mondiale et la mort de 70 millions de personnes, planifié et exécuté un génocide à une échelle industrielle.

Un coup d’Etat légal

⚡️On entend souvent qu’Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes, appuyé par un large mouvement populaire. Or, bien qu’organisé avec la complaisance des partis au pouvoir, c’est un coup d’Etat qui permet à Hitler d’accéder au gouvernement. Quant à son principal soutien, il vient des industriels allemands.

⚡️Dans sa déclaration gouvernementale du 1er février 1933, Hitler promettait au peuple allemand l’amélioration de la situation des travailleurs et des paysans, ainsi que le maintien et la consolidation de la paix.

⚡️« Donnez-moi quatre ans, et vous ne reconnaîtrez plus l’Allemagne », prophétisait-il. Après quatre ans de guerre, l’Allemagne, de même que l’Europe, ravagées, étaient en effet devenues méconnaissables.

⚡️Le 30 janvier 1933, le président allemand Paul von Hindenburg nomme Adolf Hitler, le dirigeant du Parti National-Socialiste (NSDAP, abrégé en nazi) Premier ministre. Le premier gouvernement Hitler ne compte que trois nazis, dont Hitler lui-même. Il n’ose même pas se présenter devant le Parlement, car il y est minoritaire. Au lieu de cela, il demande à Hindenburg de dissoudre le Parlement et d’organiser de nouvelles élections, fixées au 5 mars.

⚡️Ce délai lui donne l’occasion de gouverner cinq semaines sans contrôle parlementaire. Il s’agit d’un coup d’Etat légal, car la Constitution allemande de l’époque permet au président de dissoudre le Parlement ou de le suspendre temporairement.

Un régime de terreur

⚡️Le 4 février, Hindenburg prend une ordonnance d’urgence qui interdit toute critique du gouvernement, supprime la liberté de rassemblement et de presse pour le Parti Communiste d’Allemagne (KPD), alors en campagne électorale, et d’autres organisations de gauche.

⚡️Le 27 février, le Reichstag, le Parlement allemand, est incendié. Officiellement, par un anarchiste hollandais déséquilibré. Cependant, de nombreux historiens sont convaincus que l’incendie a été provoqué par les sections d’assaut (SA) nazies. Avant tout début d’enquête, la radio affirme que les communistes sont coupables. La même nuit, sur base de listes établies à l’avance, plus de 10000 communistes, socialistes et progressistes sont arrêtés. Toute la presse communiste et plusieurs journaux socialistes sont interdits. Les libertés de la presse et de réunion sont suspendues.

⚡️Malgré cette répression, les élections ne donnent pas une majorité aux nazis ni une majorité des deux tiers au gouvernement de coalition dirigé par Hitler. Pour l’obtenir, le gouvernement radie les 81 mandats du KPD, sans qu’aucun parti ne proteste. Le Parlement vote la confiance au gouvernement Hitler et l’autorise à décréter des lois sans son autorisation. Il s’agit en fait d’une auto-dissolution. Les socialistes votent contre la déclaration gouvernementale, mais jugent les élections démocratiques malgré la répression.

⚡️En deux ans, les nazis ont interdit les partis politiques, tué plus de 4200 personnes, arrêté 317800 opposants dont 218600 ont été blessés et torturés. Le 20 mars 1933, le commissaire nazi de la police de Munich, Himmler, crée à Dachau, le premier camp de concentration destiné aux prisonniers politiques. 40 autres suivront dans la même année.

⚡️Le nerf de la guerre
Hitler n’a donc pas été élu démocratiquement. En réalité, la décision de le nommer chancelier a été prise quelques semaines auparavant, le 3 janvier, dans la villa du banquier Kurt von Schröder.

⚡️À plusieurs reprises, entre 1918 et 1923, les cercles les plus à droite de la classe dirigeante avaient en effet essayé, notamment par des tentatives de coups d’Etat et une dictature militaire (le putsch de Kapp en 1920), de se débarrasser du système parlementaire et de supprimer les droits importants acquis par les travailleurs lors de révolution de novembre 1918. Ces cercles s’appuyaient sur une partie de l’armée et des organisations réactionnaires. De nombreux industriels voyaient dans le NSDAP une organisation qui valait la peine d’être soutenue.

⚡️En 1923, le patron sidérurgiste Hugo Stinnes a déclaré à l’ambassadeur américain : « Il faut trouver un dictateur qui aurait le pouvoir de faire tout ce qui est nécessaire. Un tel homme doit parler la langue du peuple et être lui-même un civil. Nous avons un tel homme. »

⚡️Avec la crise économique de 1929, les cercles dirigeants ont décidé de vraiment miser sur le parti nazi, qui a reçu de leur part un soutien accru. Grâce à leurs millions, Hitler a pu gagner de l’influence sur les classes populaires, très touchées par la crise. Ils ont mis à sa disposition leurs hangars désaffectés qu’il a transformés en une version nazie de l’Armée du Salut. Des malheureux sans travail pouvaient y trouver une assiette de soupe et un lit pour la nuit. Avant qu’ils s’en rendent compte, on leur avait collé un uniforme et ils défilaient derrière le drapeau nazi.

⚡️Durant la campagne présidentielle de 1932, les nazis ont collé des millions d’affiches, imprimé 12 millions de numéros spéciaux de leur journal et organisé 3000 meetings. Pour la première fois, ils ont fait usage de films et de disques et Hitler utilisait un avion privé pour se rendre d’un meeting à un autre. En 1932, le parti nazi comptait des milliers de permanents et l’entretien des SA, à lui seul, coûtait deux millions de marks par semaine. Qui payait tout cela ? Certainement pas les membres sans travail du parti nazi.

Le patronat tout puissant

⚡️Lors des élections fédérales de septembre 1930, le NSDAP, porté par plus de six millions de voix, devient le deuxième parti du pays. Hitler est alors régulièrement invité à exposer son programme devant les grands industriels de la Ruhr, dont plusieurs rallient sa cause. Pour rassurer les financiers américains inquiets d’une arrivée au pouvoir des nazis, le directeur de Siemens déclare en octobre 1931 que l’objectif principal du parti est l’éradication du socialisme en Allemagne.

⚡️En janvier 1932, Thyssen organise une conférence d’Hitler devant plus de 100 industriels. Il les assure que son mouvement voit dans la propriété privée le fondement de l’économie allemande et que son but principal est d’éradiquer la lutte des classes. Dès lors, les caisses du NSDAP sont alimentées par les milieux industriels.

⚡️Lors des élections de novembre 1932, le Parti communiste gagne du terrain tandis que le NSDAP perd deux millions de voix. Cette percée de la gauche suscite la crainte d’une révolution dans les milieux capitalistes. Craignant l’effondrement définitif des nazis, vingt-deux grands banquiers, industriels et propriétaires terriens demandent le 19 novembre au président Hindenburg de nommer Hitler chancelier. L’alliance décisive est scellée le 4 janvier 1933 lors d’une rencontre entre Hitler, l’ex-chancelier von Papen et le banquier von Schröder, ouvrant la voie à la nomination d’Hitler le 30 janvier.

⚡️Certains industriels doutaient qu’Hitler puisse contrôler l’aile « anticapitaliste » de son parti. Le Führer les rassure lors de la Nuit des Longs Couteaux, le 30 juin 1934, en faisant assassiner près d’un millier de cadres de ses propres sections d’assaut (SA), éliminant ainsi les éléments qui croyaient à ses promesses anti-grand capital.

⚡️Hitler était arrivé au pouvoir grâce au soutien de magnats tels que Thyssen (sidérurgie), Krupp (armement), Siemens (électricité) et Bosch (chimie). En échange, il leur offre la mise en œuvre du programme de destruction sociale qu’ils appelaient de leurs vœux. Dès mai 1933, les syndicats sont abolis et leurs dirigeants déportés. Le syndicat d’État, le Front allemand du travail, qui absorbe les biens confisqués des syndicats, est également dirigé avec la participation des hommes d’affaires.

⚡️Les ouvriers, privés de leurs droits et menacés du camp s’ils font grève, sont bientôt assignés à leurs usines. À partir de 1934, ils ne peuvent plus changer d’employeur librement. En 1938, le service du travail obligatoire s’étend à tous : écoliers, femmes, personnes âgées et prisonniers. La même année, la retraite pour raison de santé est supprimée, contraignant les retraités à reprendre le travail. Grâce à ces mesures, les entrepreneurs bénéficient d’une main-d’œuvre captive, totalement soumise et disponible pour le travail forcé, y compris dans le secteur privé.

⚡️Le fascisme pousse à son paroxysme la logique capitaliste de compétitivité. La course aux bas coûts annihile salaires et droits sociaux. Dans les camps de travail, le coût de la main-d’œuvre est quasi nul. Certaines entreprises y installent même leurs usines pour supprimer les frais de transport. Le « problème » du chômage est « résolu » : une partie des chômeurs est envoyée à l’armée, l’autre dans les usines d’armement. Tous sont ainsi forcés de préparer, dans l’un ou l’autre cas, leur propre mort et celle de millions d’autres.

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